AIMER LES MATHEMATIQUES : EST-CE POSSIBLE ?

1 décembre 2020 1 Par admin3230

AIMER LES MATHEMATIQUES,
EST-CE POSSIBLE?

VALLECILLO Estelle
Psychologue experte en apprentissages efficaces

Votre enfant vous a-t-il déjà dit qu’il n’aimait pas les mathématiques ? Lorsque ma fille me l’a dit dernièrement, cela m’a beaucoup étonné car elle joue régulièrement avec plaisir avec les nombres. Cela m’a donc poussé à réfléchir sur ce qui se cache derrière le : 

“JE N’AIME PAS LES MATHEMATIQUES !”

Ou bien encore le :

“LES MATHEMATIQUES, CE N’EST PAS POUR MOI !”

En lisant ce qui suit :

1) Vous verrez que les enfants font souvent, à tort, un lien entre aimer les mathématiques et les exercices de mathématiques.

2)Vous comprendrez exactement pourquoi les enfants n’aiment pas les mathématiques. Ce qui se cache derrière ce rejet, voire même cette haine envers les mathématiques.

3) Puis, vous découvrirez comment remédier et trouver des solutions concrètes à ce problème et permettre ainsi à votre enfant de se réconcilier avec les mathématiques, et même, peut-être d’aimer les mathématiques.

" Maman, je n'aime pas les mathématiques ! "

LE CONTEXTE

Comme vous le savez peut-être déjà, ma fille a un trouble de l’attention associé à de l’hyperactivité (TDAH). Etant en difficulté dans le milieu scolaire, nous avons choisi de lui faire l’instruction en famille.

les exercices de mathématiques ne s'adaptent pas à l'enfant

LE PLAISIR D'APPRENDRE DE FACON INFORMELLE

Jusqu’à ses 6 ans, nous avons essentiellement fait du unschooling c’est-à-dire de l’apprentissage informel qui se construit en fonction des intérêts de l’enfant. Nous multipliions les visites dans les musées, les ludothèques, médiathèques et festivals pour enfants. A chaque fois qu’un thème l’intéressait, nous l’approfondissions avec des lectures, vidéos, du matériel Montessori fabriqué artisanalement ou des expériences concrètes. Il n’y avait donc pas d’apprentissage scolaire formel.

UNE ENTREE DIFFICILE DANS L'APPRENTISSAGE "ACADEMIQUE"

A partir de ses 5 ans et demi (l’âge de l’entrée en CP), j’ai décidé de lui donner un enseignement plus “scolaire” afin qu’elle puisse se situer par rapport à ses amis et pour qu’elle soit au niveau de l’école dans le cas où elle souhaiterait un jour reprendre un chemin plus “académique”.

J’ai, dans un premier temps, regardé le programme du premier cycle et ai imprimé des exercices. Mais, l’expérience fut assez pénible pour elle malgré ses rapides acquisitions.

L’année suivante, je décidai d’utiliser mes connaissances en psychologie pour adapter l’enseignement à ses besoins particuliers. Nous avons donc investi dans du matériel ludo-pédagogique et avons utilisé des techniques de champion pour la mémorisation. Et les résultats furent époustouflants !

Seul petit bémol : Je garde une journée dans la semaine où nous faisons des exercices “traditionnels” pour qu’elle puisse être préparée aux tests passés avec l’inspecteur de l’éducation nationale. Car, nos supports pédagogiques permettent d’acquérir un savoir mais ils n’ont pas la même forme que les exercices “scolaires”.

COMMENT EST-IL POSSIBLE A LA FOIS
D'AIMER ET DE NE PAS AIMER LES MATHEMATIQUES ?

Nous faisons beaucoup de jeux de mathématiques chaque jour : les additions, soustractions et multiplications avec le boulier chinois, les 4 calculs avec le jeu all out, les équations et les nombres décimaux avec les cartes de la marque cat’s family, les cartatoto… Elle a plaisir à jouer et s’amuser même régulièrement à créer des problèmes mathématiques qu’elle me pose ensuite.

Et pourtant, un jour, alors qu’on faisait les exercices “scolaires”, elle m’annonce : “Maman, je n’aime pas les mathématiques!”

Etonnée, je lui dis que ce n’est pas possible vu qu’elle s’amuse chaque jour avec les mathématiques. Elle me répond alors : “Je n’aime pas les exercices de mathématiques!”. Cette précision est très importante car elle permet à l’enfant de comprendre que ce sont les exercices qui posent problème et non les mathématiques.

Voyons, à présent en détail ce qui se cache derrière le “Je n’aime pas les mathématiques”…

Pourquoi les enfants n'aiment ils pas les mathématiques ?

A présent, tournons-nous vers la psychologie et les neurosciences afin de mieux comprendre ce qui se cache derrière cette déclaration.

1. CERTAINS SYSTEMES DU CERVEAU NE SONT PAS ENCORE AUTOMATISES

Olivier Houdé explique qu’il existe 3 système dans le cerveau permettant de résoudre un problème mathématique. 

1) Le système 1: l’intuitif

2) Le système 2 : le logique

3) Le système 3 : l’arbitre

Lorsqu’on présente un problème à résoudre, l’enfant va automatiquement utiliser le système 1. Il va, alors, essayer de résoudre le problème en utilisant une “loi” générale acquise. Par exemple, “ce qui est plus long est plus grand”. Donc, si on lui demande, lequel des deux piles de bonbons contient le plus de bonbons, il choisira celle qui est la plus longue ou la plus grande. Mais, bien que ce système fonctionne souvent, il a aussi ses failles. Si par exemple, les bonbons de la pile 1 sont plus gros et occupent plus d’espace mais en contiennent moins, l’enfant va donner une mauvaise réponse car elle est visuellement la plus grande. Il doit, pour ne pas commettre d’erreurs, utiliser son système 2 logique. Or, celui-ci est couteux en énergie. C’est pourquoi, il ne se met pas automatiquement en route. Pour y parvenir, il faut faire appel au système 3, l’arbitre, qui va l’enclencher. L’enfant, pour éviter d’utiliser son système 1 erroné, va donc devoir apprendre à résister pour ne pas utiliser automatiquement son système 1. C’est le même principe lorsqu’on présente un problème mathématique où il faut faire une soustraction alors que dans l’énoncé il est dit que la personne a plus de billes que son voisin.


2. LE CERVEAU DOIT ÊTRE PREPARE AUX MATHEMATIQUES

La neuro-imagerie cognitive démontre l’existence d’un “sens des nombres” et des concepts kantiens (concepts d’espace, de temps et de nombre), présents à la fois chez l’homme et chez les animaux, qui permettent de faire des calculs approximatifs à 20-30% près. L’arithmétique, au contraire, est une invention de l’homme qui suppose de construire un système de symboles associé aux objets qu’ils représentent. Autrement dit, une personne douée en arithmétique est capable de concevoir les nombres à la fois comme morceaux d’espace, mesures, quantités, cardinaux…

Il est essentiel de comprendre que notre cerveau actuel est le même que celui de l’homme de Cro-Magnon. Incroyable, non? Il n’a donc pas évolué depuis 20 000 ans. Et pourtant, nous faisons des choses dont il n’était pas capable. Ceci est possible grâce à la plasticité cérébrale (le cerveau réorganise ses neurones en fonction de ses expériences). Ainsi, l’éducation joue un rôle fondamental dans la transformation de nos représentations mentales.

Et quel est le meilleur moyen de stimuler positivement ces fonctions cognitives ? Les jeux cognitifs. En effet, les jeux sont d’excellents préparatoires à l’arithmétique. Par exemple, les jeux où on avance avec un dé permettent de comprendre qu’un nombre est comme une dimension de l’espace. L’origami permet de concevoir un objet en 3 dimensions, le jeu d’échec permet d’apprendre à organiser des données et à résoudre des problèmes…

Il est donc fondamental de comprendre que les enfants ne sont pas, à leur début dans la vie, des “têtes vides” à bien remplir pour qu’elle devienne bien pleine. Mais plutôt, une tête à préparer pour qu’elle devienne, comme le disait Montaigne, “bien faite”. 

Ainsi, grâce à cette stimulation des structures abstraites innées, on peut multiplier le potentiel de tous les enfants sans distinction de genre, de situation socio-économique…

POUR ALLER PLUS LOIN CONCERNANT L'APPRENTISSAGE DES MATHEMATIQUES

Si ce thème vous intéresse et que vous souhaitez en savoir davantage, je vous conseille d’aller lire cet article de Stanislas Dehaene (psychologue cognitiviste et neuroscientifique) et de Claire Montialoux.

 

3. LES EXERCICES NE S'ADAPTENT PAS
AU PROFIL DE L'APPRENANT

L’ingénierie des profils d’apprenants est une discipline scientifique qui qui s’appuie sur des modèles théoriques pour mettre en oeuvre des outils pratiques pour aider les apprenants en fonction de leurs spécificités. 

Il existe différents modèles.  Voyons celui de Jean-François Michel qui est un des plus complets car il prend en compte différentes variables.

Dans les 7 profils d’apprentissage de Jean-François Michel, on détermine le profil d’apprentissage en prenant en compte 3 variables différentes : 

1) La façon de comprendre l’information ( nommée “les profils de compréhension”). On peut soit comprendre en utilisant le visuel, le toucher (kinesthésique) ou l’auditif.

2) Les variables qui motivent à apprendre (“les profils de motivation”). On y trouve 4 types de motivations différentes qui répondent aux questions : 

– “Quelle utilité ?”

– “Vais-je apprendre ? “

– “Avec qui ?”

– “Où ça se situe ?”

3) La dernière catégorie observe le comportement en situation d’apprentissage (“Les profils d’identité”). On compte dans cette section 7 profils d’identité différents (l’intellectuel, le dynamique, l’aimable, le perfectionniste, l’émotionnel, l’enthousiaste et le rebelle).

Par conséquent, il existe 84 façon différentes d’apprendre. Ainsi, il est très probable que votre enfant ne soit pas du tout le même type d’apprenant que vous. Par conséquent, il est donc essentiel de connaître son profil d’apprentissage afin d’adapter les supports et les actions qui optimiseront sa réussite.

4. DES CROYANCES ERRONEES TENACES

Nos croyances et nos attentes créent un comportement chez autrui. C’est ce qu’on appelle l’effet Pygmalion. Si vous pensez, par exemple, que votre enfant est un as des mathématiques, il y a de fortes chances qu’il le soit. Et, inversement, si vous pensez que votre enfant n’est vraiment pas doué pour le dessin, il y a une grande probabilité qu’il ne développe ses talents graphiques. La science a étudié ce phénomène dans le milieu scolaire et les résultats furent étonnants.

En résumé

Par conséquent, de nombreuses variables peuvent influencer l’intérêt ou pas pour les mathématiques. Afin, de l’aider au mieux, vous devrez donc : 

1) Entraîner votre enfant à utiliser son système 3 pour apprendre à résister. 

2) Faire des jeux spécifiques pour préparer votre enfant à l’arithmétique

3) Connaître son type d’apprentissage afin de vous adapter au mieux à ses spécificités

4) Vous débarrasser de toutes croyances et attentes qui peuvent altérer ses performances. 

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